03/07/2009

Cher verre de lait

Pendant mes vacances, je n'ai pas pû éviter d'aborder le sujet du moment avec Yannick, un agriculteur breton (Notez que, contrairement aux idées reçues, tous les Bretons ne s'appellent pas forcémment Yannick, et vice-versa).

Le lait, bien entendu.

Yannick a chiffré son coût de production à 0.33 € le litre. Son exploitation de taille moyenne ne permet pas de descendre plus bas sans compromettre la qualité sanitaire de son produit.

La laiterie lui achète maintenant son lait à 0.19 €.

Pas la peine de vous faire un dessin: comme beaucoup d'autres de ses confrères, Yannick ne voit pas son avenir en rose fluo.

Lors d'une récente manifestation, les agriculteurs du coin ont obtenu des reports de paiements de certaines charges de la Préfecture, et certains ont pû négocier un report des charges d'intérêt sur leurs emprunts auprès de leur banquier. Un petit ballon d'oxygène, certes, mais qui ne fera qu'empirer le mal une fois les nouvelles échéances arrivées.

Pas facile d'y trouver une solution, à cette crise du lait.

Il faut dire qu'elle tombe à un très mauvais moment aussi: les pouvoirs publics voient leurs budgets plombés et les banques ne sont pas encore remises du tsunami financier. Les laiteries, souvent des coopératives ne faisant donc pas de bénéfice, et n'ayant donc pas de marges à raboter, il reste l'industrie agro-alimentaire et la grande distribution.

Pour les premiers, les grands groupes dominant sur le marché donnent le ton: Pas question de payer le lait plus cher sous peine de le faire venir de pays où il coûte effectivement moins cher à produire (les pays de l'Est, notamment).

Les seconds frappent la mesure : La distribution se livre une concurrence féroce en rabotant les premier prix à un niveau plancher.

Or, voilà peut-être le vrai noeud du problème. Les produits premier prix sont vendus avec une marge extrêmement réduite (voire pas de marge du tout) couvrant tout juste les frais de personnel, de transport et de stockage des produits laitiers. Par des prix très réduits sur cette gamme de produits, on veut attirer le client dans son enseigne, et ainsi lui remplir son chariot par la même occasion.

Je me pose la question: Cette pression excessive sur les premiers prix étoufferait-elle toute la filière ?

On sait que les marges bénéficiaires réalisées par les transformateurs sur les produits préparés au départ du lait ou de sa crême (beurre, yaourts, fromages, ...) sont plutôt confortables. Certains de ces producteurs seraient d'accord de revoir un peu leur politique d'achat et de consentir un effort permettant la survie de la filière,car ils en dépendent eux-mêmes. Un effort plus important est envisageable moyennant la participation des clients qui paieraient les produits laitiers un peu plus chers.

Mais la logique sous-jacente aux produits premiers prix minerait tout l'effort, car le client lui aussi touché par la crise n'accepterait sans doute pas cette augmentation, et se rabatterait sur les produits moins chers.....

Et voilà comment on crée un joli cercle vicieux.

Comment en sortir ?  En instaurant un prix de vente minimum unique dans toute l'Europe peut-être ?  Mais pas sûr que les distributeurs acceptent cela de gaïeté de coeur...

Et quand je demande à Yannick s'il a connaissance d'exploitations en difficultés dans sa région, son regard se voile et c'est d'une voix pesante où se mêlent désespoir et résignation qu'il me répond : "Ca va faire mal, terriblement mal...."

09:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Comment ca se fait qu'en belgique il n'y aie rien qui oblige les distributeurs à acheter de préférence local à un prix au moins égal aux couts ? il est interdit de vendre à perte non ?

Écrit par : Cédric | 03/07/2009

Répondre à ce commentaire

ahhh qu'il était bon le temps où j'allais avec ma soeur, tous les soir chercher le lait à la ferme à 3 km de la maison, maman le faisait bouillir et nous faisait du bon cacao hummm quelle chance j'ai eu de connaitre tant de bonnes choses naturelles.
Le progrès n'a pas fait que des heureux et le retour en arrière est impossible. Pauvres fermiers!

Écrit par : Laura | 03/07/2009

Répondre à ce commentaire

Tagué en bleu ...

Écrit par : Lècia | 06/07/2009

Répondre à ce commentaire

et dans la filière Bio, tu as une idées des coûts et du prix d'achat David ?

Écrit par : Cédric D. | 08/07/2009

Répondre à ce commentaire

Me pose toujours la question..

Écrit par : Cédric D. | 01/11/2009

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.