26/10/2007

Eco bonus/malus

Une éco-mesure dont on parle beaucoup pour l'instant en Belgique et qui entrera en application dès le début 2008: les éco-bonus ou éco-malus proposés par la Région Wallonne à l'achat de voitures moins polluantes.

Le principe est le suivant: si c'est votre première voiture, et qu'elle émet moins de 146 grammes de CO2 par kilomètre, vous recevez une prime qui va de 100 à 1000 EUR.  Moins votre voiture pollue, plus la prime augmente.  En revanche, si cette voiture émet plus de 196 g de CO2/km, vous paierez de 100 à 1000 EUR.

Si vous remplacez votre voiture existante, vous recevez une prime identique à l'achat d'une voiture moins polluante, et vous paierez un malus si elle consomme plus.  Le montant de la prime ou de la taxe varie toujours entre 100 et 1000 EUR, selon la différence d'émission entre la nouvelle et l'ancienne voiture.  Il n'y a plus ici de notion de minimum ou maximum (les seuils de 146 ou 196 grammes).  On ne fait que comparer les émissions des deux véhicules.

A priori, on voit ici poindre une mesure intéressante et incitative pour acheter des véhicules de moins en moins polluants. D'autant plus, que les primes éventuelles sont cumulables avec l'avantage fiscal de 3 ou 15 % déjà accordé par le Fédéral aux véhicules les moins polluants.

Mais, plusieurs éléments font de cette proposition, au mieux, une mesure encore trop timide, et au pire, un outil qui poussera les acheteurs à la spéculation, avec un impact négatif sur notre environnement.

Tout d'abord, pointons la relative timidité de la mesure.

L'Europe a dores et déjà décidé un objectif d'un maximum de 120 gCO2/km à l'horizon 2010.  Or ici, d'une part, la mesure pour les premières voitures ne devient pénalisante qu'à partir de 196 grammes et donne déjà un boni à 146 grammes.  Cette fourchette n'est visiblement pas en phase avec les objectifs européens.

Ensuite, la spéculation.

Suivez bien le raisonnement ci-dessous: vous verrez qu'il y a vraiment un problème quelque part....

Supposez que vous deviez changer de voiture demain.  Vous optez pour une voiture juste légèrement moins polluante, et vous recevez une petite prime.   Vous vous dites qu'ainsi, lors de l'achat de la voiture d'après, vous pourrez encore obtenir une petite prime. 
En revanche, si vous êtes un très bon élève, vous viserez d'emblée l'achat d'une petite voiture très peu polluante.  Vous achetez donc demain une voiture qui émet par exemple 100 g par km. Vous recevrez une belle prime (merci Mr Daerden !) et vous serez content. 
Mais entretemps, votre famille s'agrandit (Félicitations !) et dans quelques années vous devrez acheter une voiture plus grande.  Bien que recherchant toujours une voiture peu polluante (parce que vous êtes toujours un bon élève), elle sera forcémment plus polluante que la petite que vous échangerez alors.  Vous achetez alors une familiale qui émet par exemple 130 grammes, ce qui reste fort peu pour un tel véhicule.  

A côté de chez vous, un bon gros 4x4 est remplacé par un autre bon gros 4x4 qui émet juste un petit peu moins (disons 240 au lieu de 250 grammes).

Et puis quoi ????

Vous allez devoir payer une taxe, alors que vous êtes toujours un bon élève, et qu'à la limite, vous polluez toujours beaucoup moins que votre abruti de voisin avec son ridicule "caca-t" qui en émet 240 ?

Rien que cela rend cette mesure totalement absurde.

Messieurs-Dames du Gouvernement Wallon, est-ce qu'il n'aurait pas été beaucoup plus simple de lier le montant de la taxe annuelle de roulage au niveau d'émissions du véhicule ? 

Moins de tracasseries pour le citoyen, processus administratif beaucoup plus simple à mettre en place, et mécanisme beaucoup plus transparent susceptible de mettre une réelle pression aussi bien sur les constructeurs que sur les amateurs de ces risibles futilitaires ?

Une simple taxe de roulage directement liée au niveau d'émission de CO2 du véhicule aurait certainement été beaucoup plus efficace, mais, il est vrai qu'en 2009, vous allez devoir vous présenter aux élections régionales, et quand on voit l'infestation grandissante de nos routes par de grosses poubelles dangereuses et polluantes, il ne faudrait surtout pas risquer de perdre cette partie de l'électorat, n'est-ce pas ?

10:45 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (23) |  Facebook |

19/10/2007

Le revers de la compensation

Il y a quelques mois, je vous avais parlé de la possibilité pour tout un chacun de neutraliser ses émissions de CO2 par une participation volontaire dans le financement d'un projet dont la finalité est de capter ou de réduire les émissions de CO2.

On peut ainsi par exemple aider au développement de petit éolien dans des pays en voie de développement, ou financer des pompes d'irriguation alimentées par le solaire, etc...  Les projets ne manquent pas.

Et le marché est juteux !  En 2006, ce ne sont pas moins de 110 millions de dollars qui ont ainsi été versés, sur base volontaire, par des sociétés et des particuliers, partout dans le monde.

Une autre voie est la replantation d'arbres sur des surfaces autrefois déboisées.
Parfois décriée pour le manque de garanties qu'elle présente (effectivement: qui peut garantir que dans 20 ans, les arbres plantés aujourd'hui seront encore debouts ?  Et on verra par la suite que c'est effectivement loin d'être évident...), cette méthode apporte des avantages connexes, comme par exemple, la lutte contre l'érosion des sols ou la désertification.

Mais malgré de nombreuses initiatives intéressantes, il faut tout de même bien voir que tout ne fonctionne pas toujours comme on pourrait l'espérer.

Prenons le cas du Parc National du Mont Elgon, en Ouganda.


Agrandir le plan

Dans les années 1990, des populations d'agriculteurs qui occupaient les terrains en bordure du Parc National ont été délogés sur ordre du gouvernement de l'époque, parfois par la force, voire par les armes, dans le but de procéder à la reforestation des parcelles.

Entre en jeu la "Face Foundation", une fondation sans but lucratif mise sur pied par des producteurs d'électricité néerlandais.   Celle-ci se charge à partir de 1994 de procéder aux replantations, financée dans un premier temps uniquement par les compagnies fondatrices, ensuite, empruntant la voie de l'auto-financement par la revente des droits d'émissions de CO2.

Mais voilà, le conflit couve.  Les agriculteurs expulsés n'en sont pas restés là et se sont regroupés dans une action en justice.  Des actions de destructions des plantations sont régulièrement menées.  500.000 arbres récemment plantés ont ainsi été arrachés.

Il faut comprendre les populations locales: l'agriculture y est plus qu'un métier: c'est une question de survie.  La démographie y est galopante, et les territoires cultivables ne sont pas élastiques.  Ils voient donc d'un très mauvais oeil les replantations qu'ils percoivent uniquement comme un moyen trouvé par les pays scandaleuselent riches que nous sommes de se dédouaner complètement de leurs excès et leurs gaspillages.

Comme je les comprends !

De plus, quand on sait qu'une forêt ainsi replantée soit croître pendant 100 ans avant d'avoir absorbé le quota de carbone qui lui est alloué, on en revient à la question de départ: qui nous garantit que l'objectif sera bel et bien atteint.

Alors, la compensation volontaire: une Fausse Bonne Solution ?   Non, je n'irai pas jusque là quand même....
Puisque comme je l'ai dit, les replantations, d'une part, sont intéressantes de toute façon pour des questions de lutte contre l'érosion et l'appauvrissement des sols déboisés, et d'autre part, il existe aussi d'autres types de projet de compensation des émissions.

Simplement, comme dans tout, aucun mécanisme n'étant parfait, il faut rester attentif à la façon dont les projets de compensation sont gérés et bien veiller à éviter les "dommages colatéraux", comme ce malheureux cas Ougandais l'illustre malheureusement trop bien.

Ceci dit, comme on le répète souvent: Compenser, c'est bien; ne pas émettre, c'est mieux !

Pour en savoir plus:

 

11:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/10/2007

Montréal, 20 ans plus tard

20 ans, et pas une ride !

Cette année, le Protocle de Montréal fête ses 20 ans d'application.

Le Protocole de Montréal est un traité international qui visait à réduire l'utilisation des produits chimiques (particulièrement des gaz Chloro-fluoro-carbonés, ou en bref, des CFC, utilisés à cette époque comme gaz réfrigérents dans les frigos, aircos, etc... et comme propulseur dans les sprays aérosols) responsables du fameux trou dans la couche d'ozone, cette couche qui nous protège des rayonnements les plus dangereux du soleil.

On découvre maintenant que pléthore des gaz que visait le Protocole de Montréal, et, pire, certains des gaz proposés en remplacement (les HCFC), sont des gaz qui ont également un impact sur le renforcement de l'effet de serre, et donc sur le réchauffement climatique.

Evalué en ce sens, le traité aura permis d'éviter l'émission, depuis son entrée en vigueur, d'une quantité de gaz ayant le même effet sur le réchauffement climatique que 5.5 fois la quantité visée par le Protocole de Kyoto !

Certes imparfait (par exemple dans la dérogation accordée à l'industrie automobile de pouvoir continuer à utilsier des gaz réfrigérants hautement polluants dans les air conditionnés des voitures), le Protocole de Montréal aura toutefois démontré son efficacité, car selon les observations les plus récentes, le trou dans la couche d'ozone se serait stabilisé, voire serait en voie de "guérison".

20 ans après, on en reparle.  On l'évalue et on examine son futur.

Et de façon assez surprenante, voilà que les Etats-Unis mettent sur la table une proposition de renforcement des termes du traité dans le sens d'une plus grande sévérité, et d'une réduction de 10 ans des délais accordés aux industries pour le remplacement total des ces gaz HCFC par de nouveaux gaz, sans chlore, cette fois.

Surprenant ?  Finalement, peut-être pas tant que ça, car comme par hasard, il se trouve que c'est justement maintenant que DuPont Co. se rallie derrière l'administration Bush, histoire de promouvoir leurs dernières innovations en la matière.  Je me disais aussi que si Bush prenait une telle mesure pro-environnementale, c'est qu'il devait y avoir des intérêts économico-industriels derrière cela...  Enfin, bon, l'essentiel, c'est que notre environnement en ressorte gagnant, n'est-ce pas ?

Alors, tout va bien ?

Et bien figurez-vous qu'un nouvel acteur fait son entrée en scène, et il s'agit de... la Chine !

Il semblerait en effet que celle-ci fasse de la résistance, car, sous le couvert d'une clause du traité original qui stipulait que les pays en voie de développement pouvaient encore bénéficier d'un délai jusqu'en 2040 pour produire des HCFC, elle veut continuer à bénéficier d'un effet secondaire inattendu, qui n'aurait même pas pû être imaginé en 1987.

En effet, la production des HCFC génère un déchet sous la forme d'un gaz appelé HFC-23 qui a la fâcheuse caractéristique d'être un gaz à effet de serre 11700 fois plus puissant que le CO2 (ce qui signifie qu'une tonne de HFC-23 a autant d'impact sur l'effet de serre que 11700 tonnes de CO2).

Alors, comme de toute façon, il n'y a pas de débouchés pour ce gaz, la Chine a construit des incinérateurs pour le détruire.
Et ce faisant, en vertu du Protocole de Kyoto, cette fois, la Chine se voit rémunérée pour cela... puisqu'elle réduit l'émission de gaz à effet de serre !
On estime qu'elle a ainsi déjà engrangé pas moins de 4 milliards de dollars, de par la vente des droits d'émission à des compagnies européennes et japonaises cherchant à atteindre leurs propres objectifs Kyoto.

Quel effet pervers: on produit un gaz polluant, banni par un traité, mais de par cette production, on récolte un déchet polluant dont la destruction assure un revenu du fait d'un autre protocole !
Et finalement, la destruction du HFC-23 se retrouve plus rentable que la fabrication et la vente du HCFC dont il est un déchet !

Comme quoi, parfois, même avec les meilleures intentions du monde, on ne peut pas éviter tous les effets pervers....

En savoir plus: 

11:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

05/10/2007

Un an !

Voilà un an, jour pour jour, je vous souhaitais pour la première fois la bienvenue sur mon blog !

Depuis lors, vous avez été nombreux à me rendre plus de 66.000 visites (décompte exact: voir le compteur à gauche...), et à supporter tour à tour:

Mes délires:

Mes coups de gueule:

Mes coups de blues:

Et mes coups de poing:

Avec une moyenne actuelle, en hausse constante, de 2400 visites par semaine, vous avez fait de ce modeste blog, un lieu vivant de rencontres et d'échanges, dans le respect mutuel de nos opinions.

Nous nous sommes tous enrichis les uns les autres grâce à ces discussions, et à toutes celles que nous avons pû avoir aussi en privé (par mail, entre collègues, amis,...).

Sachez, chers lecteurs(trices), chers ami(e)s, chaque jour plus nombreux, que chacun de vos commentaires a été lu avec la plus grande attention.  C'est votre participation qui me motive à continuer. 

Votre participation, et aussi les 7 raisons que l'Eternelle Optimiste m'a demandé d'exposer.

Alors, à chacun(e) d'entre vous en particulier, je tiens vraiment à vous dire un immense merci pour votre fidélité !

A bientôt, sur votre blog ou sur le mien !

 

17:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |