19/10/2007

Le revers de la compensation

Il y a quelques mois, je vous avais parlé de la possibilité pour tout un chacun de neutraliser ses émissions de CO2 par une participation volontaire dans le financement d'un projet dont la finalité est de capter ou de réduire les émissions de CO2.

On peut ainsi par exemple aider au développement de petit éolien dans des pays en voie de développement, ou financer des pompes d'irriguation alimentées par le solaire, etc...  Les projets ne manquent pas.

Et le marché est juteux !  En 2006, ce ne sont pas moins de 110 millions de dollars qui ont ainsi été versés, sur base volontaire, par des sociétés et des particuliers, partout dans le monde.

Une autre voie est la replantation d'arbres sur des surfaces autrefois déboisées.
Parfois décriée pour le manque de garanties qu'elle présente (effectivement: qui peut garantir que dans 20 ans, les arbres plantés aujourd'hui seront encore debouts ?  Et on verra par la suite que c'est effectivement loin d'être évident...), cette méthode apporte des avantages connexes, comme par exemple, la lutte contre l'érosion des sols ou la désertification.

Mais malgré de nombreuses initiatives intéressantes, il faut tout de même bien voir que tout ne fonctionne pas toujours comme on pourrait l'espérer.

Prenons le cas du Parc National du Mont Elgon, en Ouganda.


Agrandir le plan

Dans les années 1990, des populations d'agriculteurs qui occupaient les terrains en bordure du Parc National ont été délogés sur ordre du gouvernement de l'époque, parfois par la force, voire par les armes, dans le but de procéder à la reforestation des parcelles.

Entre en jeu la "Face Foundation", une fondation sans but lucratif mise sur pied par des producteurs d'électricité néerlandais.   Celle-ci se charge à partir de 1994 de procéder aux replantations, financée dans un premier temps uniquement par les compagnies fondatrices, ensuite, empruntant la voie de l'auto-financement par la revente des droits d'émissions de CO2.

Mais voilà, le conflit couve.  Les agriculteurs expulsés n'en sont pas restés là et se sont regroupés dans une action en justice.  Des actions de destructions des plantations sont régulièrement menées.  500.000 arbres récemment plantés ont ainsi été arrachés.

Il faut comprendre les populations locales: l'agriculture y est plus qu'un métier: c'est une question de survie.  La démographie y est galopante, et les territoires cultivables ne sont pas élastiques.  Ils voient donc d'un très mauvais oeil les replantations qu'ils percoivent uniquement comme un moyen trouvé par les pays scandaleuselent riches que nous sommes de se dédouaner complètement de leurs excès et leurs gaspillages.

Comme je les comprends !

De plus, quand on sait qu'une forêt ainsi replantée soit croître pendant 100 ans avant d'avoir absorbé le quota de carbone qui lui est alloué, on en revient à la question de départ: qui nous garantit que l'objectif sera bel et bien atteint.

Alors, la compensation volontaire: une Fausse Bonne Solution ?   Non, je n'irai pas jusque là quand même....
Puisque comme je l'ai dit, les replantations, d'une part, sont intéressantes de toute façon pour des questions de lutte contre l'érosion et l'appauvrissement des sols déboisés, et d'autre part, il existe aussi d'autres types de projet de compensation des émissions.

Simplement, comme dans tout, aucun mécanisme n'étant parfait, il faut rester attentif à la façon dont les projets de compensation sont gérés et bien veiller à éviter les "dommages colatéraux", comme ce malheureux cas Ougandais l'illustre malheureusement trop bien.

Ceci dit, comme on le répète souvent: Compenser, c'est bien; ne pas émettre, c'est mieux !

Pour en savoir plus:

 

11:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

solution simple simple solution à l'exemple :
on choisit les espèces plantées afin qu'elle produisent des fruits ou des noix. Récoltes entièrement et gratuitement octroyées aux locaux.
Simple mais efficace ;-)

Écrit par : wallid | 09/11/2007

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