12/10/2007

Montréal, 20 ans plus tard

20 ans, et pas une ride !

Cette année, le Protocle de Montréal fête ses 20 ans d'application.

Le Protocole de Montréal est un traité international qui visait à réduire l'utilisation des produits chimiques (particulièrement des gaz Chloro-fluoro-carbonés, ou en bref, des CFC, utilisés à cette époque comme gaz réfrigérents dans les frigos, aircos, etc... et comme propulseur dans les sprays aérosols) responsables du fameux trou dans la couche d'ozone, cette couche qui nous protège des rayonnements les plus dangereux du soleil.

On découvre maintenant que pléthore des gaz que visait le Protocole de Montréal, et, pire, certains des gaz proposés en remplacement (les HCFC), sont des gaz qui ont également un impact sur le renforcement de l'effet de serre, et donc sur le réchauffement climatique.

Evalué en ce sens, le traité aura permis d'éviter l'émission, depuis son entrée en vigueur, d'une quantité de gaz ayant le même effet sur le réchauffement climatique que 5.5 fois la quantité visée par le Protocole de Kyoto !

Certes imparfait (par exemple dans la dérogation accordée à l'industrie automobile de pouvoir continuer à utilsier des gaz réfrigérants hautement polluants dans les air conditionnés des voitures), le Protocole de Montréal aura toutefois démontré son efficacité, car selon les observations les plus récentes, le trou dans la couche d'ozone se serait stabilisé, voire serait en voie de "guérison".

20 ans après, on en reparle.  On l'évalue et on examine son futur.

Et de façon assez surprenante, voilà que les Etats-Unis mettent sur la table une proposition de renforcement des termes du traité dans le sens d'une plus grande sévérité, et d'une réduction de 10 ans des délais accordés aux industries pour le remplacement total des ces gaz HCFC par de nouveaux gaz, sans chlore, cette fois.

Surprenant ?  Finalement, peut-être pas tant que ça, car comme par hasard, il se trouve que c'est justement maintenant que DuPont Co. se rallie derrière l'administration Bush, histoire de promouvoir leurs dernières innovations en la matière.  Je me disais aussi que si Bush prenait une telle mesure pro-environnementale, c'est qu'il devait y avoir des intérêts économico-industriels derrière cela...  Enfin, bon, l'essentiel, c'est que notre environnement en ressorte gagnant, n'est-ce pas ?

Alors, tout va bien ?

Et bien figurez-vous qu'un nouvel acteur fait son entrée en scène, et il s'agit de... la Chine !

Il semblerait en effet que celle-ci fasse de la résistance, car, sous le couvert d'une clause du traité original qui stipulait que les pays en voie de développement pouvaient encore bénéficier d'un délai jusqu'en 2040 pour produire des HCFC, elle veut continuer à bénéficier d'un effet secondaire inattendu, qui n'aurait même pas pû être imaginé en 1987.

En effet, la production des HCFC génère un déchet sous la forme d'un gaz appelé HFC-23 qui a la fâcheuse caractéristique d'être un gaz à effet de serre 11700 fois plus puissant que le CO2 (ce qui signifie qu'une tonne de HFC-23 a autant d'impact sur l'effet de serre que 11700 tonnes de CO2).

Alors, comme de toute façon, il n'y a pas de débouchés pour ce gaz, la Chine a construit des incinérateurs pour le détruire.
Et ce faisant, en vertu du Protocole de Kyoto, cette fois, la Chine se voit rémunérée pour cela... puisqu'elle réduit l'émission de gaz à effet de serre !
On estime qu'elle a ainsi déjà engrangé pas moins de 4 milliards de dollars, de par la vente des droits d'émission à des compagnies européennes et japonaises cherchant à atteindre leurs propres objectifs Kyoto.

Quel effet pervers: on produit un gaz polluant, banni par un traité, mais de par cette production, on récolte un déchet polluant dont la destruction assure un revenu du fait d'un autre protocole !
Et finalement, la destruction du HFC-23 se retrouve plus rentable que la fabrication et la vente du HCFC dont il est un déchet !

Comme quoi, parfois, même avec les meilleures intentions du monde, on ne peut pas éviter tous les effets pervers....

En savoir plus: 

11:00 Écrit par David dans Nature | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

C'est 11700 fois ou 11,7 fois?

Attention aussi au méthane:
http://ilssontfous.over-blog.com/article-2681771.html

Écrit par : Eric | 12/10/2007

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chine superbe exemple chinois, donc plus ils produisent de gaz HCFC à effet de serres et plus celà va leur rapporter d'argent. et on les laisse faire ca ? si oui

Écrit par : Cédric D. | 13/10/2007

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si oui c'est mal parti

Écrit par : Cédric D. | 13/10/2007

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Eric, Cédric Eric,
C'est bien 11700 fois (je retire le point du post original pour éviter la confusion).

Cédric,
Et oui ! Hélas, que peut-on y faire ?
Ceci dit, au final, je suis de ceux qui trouvent que le Protocole de Montréal reste tout de même proche de l'excellence, et qu'il devrait être une soruce d'inspiration pour d'autres Traités du même genre, tout en tenant compte des leçons du passé.

Écrit par : David | 17/10/2007

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